Dans un contexte économique de turbulence, mieux vaut être bien préparé. De nombreux défis attendent les entreprises du marché de la construction.
Le climat d’incertitude économique lié aux changements actuels et potentiels des politiques commerciales américaines et canadiennes rend les prévisions difficiles. Les entreprises devront faire preuve de flexibilité et se préparer en fonction de fluctuations éventuelles.
Pour ce faire, il est important de comprendre l’état présent du secteur et les impacts possibles des mesures américaines. Ce sont les bases sur lesquelles les gouvernements et les organisations doivent agir.
Quels sont les impacts potentiels d’un conflit commercial avec les États-Unis?
Augmentation des coûts et perturbation des chaînes d’approvisionnement
Les tarifs peuvent perturber les chaînes d’approvisionnement, rendant l’acquisition de matériaux comme le bois et l’acier plus difficile et coûteuse.
Retards dans les projets
Les coûts imprévus et la perturbation des chaînes d’approvisionnement pourraient causer des retards dans l’exécution des projets de construction.
Réduction des marges bénéficiaires
Les entreprises de construction devront absorber une partie des coûts supplémentaires, réduisant ainsi leurs marges bénéficiaires.
Augmentation des prix pour les consommateurs
Les coûts accrus des matériaux seront répercutés sur les consommateurs, augmentant le prix des projets de construction.
Réduction des investissements
L’incertitude économique et les coûts élevés réduiront les investissements dans de nouveaux projets.
Selon une étude de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), 54 % des PME au Canada ne se sentaient pas préparées pour assumer les impacts potentiels des tarifs douaniers américains et canadiens :
- 24 % envisageaient de reporter ou d’annuler leurs projets d’expansion;
- 20 % envisageaient de réduire leurs effectifs;
- 45 % cherchaient de nouveaux fournisseurs pour faire face à la situation des tarifs;
- 62 % envisageaient de transférer les coûts supplémentaires à leurs clients à différents niveaux advenant l’application des tarifs américains et canadiens.
Ces changements viennent s’ajouter aux enjeux que vivaient déjà les entreprises du secteur de la construction.
Quel est l’état des lieux selon les différentes branches de la construction?
La pénurie d’employés compétents, bien qu’étant moins marquée, et un certain ralentissement de la productivité demeurent des défis importants. La gestion des finances et la gestion des risques associés aux contrats font également partie des améliorations souhaitées par les entrepreneurs.
Résidentiel
Une modeste reprise des mises en chantier des habitations a été constatée en 2024. La baisse des taux d’intérêt a permis aux entrepreneurs et aux promoteurs d’obtenir du financement et que la rentabilité soit au rendez-vous. Ces mêmes baisses de taux rendent la propriété plus accessible pour les individus.
Toutefois, les droits de douane imposés par les États-Unis ainsi que le renouvellement des conventions collectives au printemps 2025 feront augmenter les coûts de main-d’œuvre et de matériaux.
Les délais d’obtention des permis de construction sont également un irritant soulevé par les entrepreneurs.
Pourtant, le besoin de logements se fait sentir. D’ici 2030, il faudra construire 1,2 million d’habitations pour revenir vers un coût de logement abordable, soit 860000 logements de plus que ceux prévus jusqu’à maintenant, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).
Commercial et institutionnel
Dans les domaines commercial et institutionnel, on remarque notamment :
- un manque de financement;
- des projets institutionnels freinés par un resserrement des dépenses.
Plusieurs projets sont à prévoir dans les réseaux scolaires et en santé, mais les sommes allouées par le gouvernement du Québec pour compenser les déficits d’entretien ont été réduites de 400 M$. Cependant, le contexte actuel de conflit commercial pourrait changer la donne.
Infrastructures et génie
Du côté des infrastructures, au Québec et ailleurs, de nombreux projets sont prévus (pont, routes, transport collectif, etc.).
- On prévoit 320 milliards $ de grands projets d’ici 2035 au Québec pour décarboner l’économie : batteries, mines, électricité. Consultez le Plan québécois des infrastructures (2024-2034).
- Plusieurs projets énergétiques sont également prévus: parcs éoliens et solaires, lignes électriques, etc.
Avec le projet de loi 62, le gouvernement québécois vise une approche collaborative et un meilleur partage des risques. L’objectif souhaité est une plus grande efficience, soit de construire 20 % à 25 % plus rapidement tout en payant de 15 % à 20 % moins cher.
À noter que le contexte actuel de conflit commercial avec les États-Unis pousse le gouvernement du Québec à accélérer certains chantiers. Des annonces plus précises sont attendues.
Industriel
L’industriel est le secteur le plus vigoureux, dû notamment à l’impact de la filière batterie et des centres de données.
Notez que l’on constate une forte hausse des locaux disponibles depuis un an à Montréal, mais une pénurie de locaux de moins de 30 000 pi2.
Quels sont les besoins prioritaires du secteur de la construction?
Accompagnement en gestion
Une majorité de PME québécoises craignent de laisser passer des occasions d’affaires, soit par manque d’expertise en développement d’affaires ou en processus d’appel d’offres, soit à cause de la rareté de la main-d’œuvre compétente.
Elles gagneraient à être accompagnées par des équipes reconnues dans ces champs d’expertise.
On note dans les dernières années l’essor de la gestion en mode collaboratif lors de la réalisation de projets. Cette méthode de gestion, favorisée par les projets de loi 79 et 62, consiste à discuter en continu avec les soumissionnaires dès la conception d’un projet et à chacune des étapes.
Gestion de trésorerie et conseils financiers
Les donneurs d’ordres exigent des fournisseurs des solutions à des prix compétitifs et avec une rapidité d’exécution.
La gestion financière et le calcul des coûts de revient pour compléter des contrats rentables deviennent un élément majeur pour la pérennité des entreprises, notamment afin de pallier le dépassement de coûts et les délais potentiels occasionnés par le contexte actuel (problèmes d’approvisionnement ou de main-d’œuvre).
Transformation numérique et innovation
Selon un sondage Léger, le secteur souffre d’une faible productivité et d’un manque d’innovation.
- 45 % des entreprises québécoises avaient un degré de maturité numérique faible en 2023 (33 % avaient un degré moyen et 16 % un degré élevé);
- 12 % seulement avaient obtenu un audit numérique au cours des deux dernières années.
Critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)
La tendance est à la construction durable. Les clients et les financiers souhaitent obtenir des projets qui sont forts sur les plans environnemental et social. Voici les éléments à surveiller tout particulièrement.
- Décarbonation des bâtiments : adoption récente de la Loi sur la performance environnementale des bâtiments;
- Réduction de l’empreinte carbone pendant la construction;
- Rehaussement des normes d’efficacité énergétique et d’empreinte carbone;
- Création d’un registre public de la performance environnementale des bâtiments;
- Essor des certifications et facteurs ESG en immobilier : les grands propriétaires immobiliers doivent respecter des normes ESG et sont redevables auprès de leurs actionnaires;
- Déclaration des émissions de GES : obligatoire à Montréal pour les grands édifices commerciaux et résidentiels (de 25 logements ou plus).
Relève entrepreneuriale
Comme dans beaucoup d’autres secteurs, les entrepreneurs cherchent des repreneurs pour leur succéder. On note une hausse de 5,5 % par an du nombre de transferts d’entreprises en construction au Québec; 11 % des entreprises du secteur sont d’ailleurs des entreprises transférées.
Cybersécurité
Selon des données de 2024, 13 % des entreprises en construction au pays avaient subi au moins un incident de cybersécurité en 2023. L’intelligence artificielle amplifie ce type de menaces à la sécurité des données. Pendant la même année, 50 % des PME en construction au pays auraient été victimes de fraude.
Recrutement
Environ 45 000 postes sont vacants à l’échelle du pays, comptant, entre autres, des postes d’ouvrier débutant, des métiers spécialisés et des gestionnaires de projet.
Pour combler la pénurie de main-d’œuvre, 16 000 personnes devront être embauchées chaque année d’ici 2027 dans ce secteur au Québec.
On souligne qu’un travailleur sur cinq de l’industrie prendra sa retraite au cours de la prochaine décennie.
Si les organisations ne peuvent pas maîtriser l’environnement externe à leur pratique, elles peuvent toutefois agir sur de nombreux facteurs mentionnés dans cet état des lieux.
En tant qu’entrepreneur, vous devez prendre en main l’avenir de votre entreprise, mais vous n’êtes pas seuls devant les défis qui vous attendent. Faites-vous accompagner par une équipe d’experts qui vous aidera à atteindre vos objectifs, en vous soutenant à chacune des étapes de vos avancées.