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Avis d'experts

Budget du Québec 2025: «un plan de guerre» dans un régime minceur

Budget Québec | résumé RCGT

Le septième budget du ministre des Finances du Québec, Éric Girard, s’inscrit dans un contexte différent du précédent.

Les mesures protectionnistes déjà en vigueur de la part de nos « alliés » américains, jumelées à celles de la Chine, sans compter la nouvelle salve de mesures tarifaires à venir dès le 2 avril par nos voisins du sud, amènent le gouvernement du Québec à dévoiler un plan budgétaire particulièrement axé sur l’innovation et l’aide aux entreprises. Ce budget révèle du même coup une marge de manœuvre financière limitée en raison de la conjoncture économique chancelante. C’est un budget à régime minceur avec des dépenses quasi gelées sur cinq ans pour retrouver l’équilibre budgétaire.

Des finances publiques dans le rouge pour au moins cinq ans

En matière de finances publiques, rappelons que le plan de retour à l’équilibre budgétaire avait été reporté lors du budget de 2024 en vue d’être déposé dans le présent budget. Conséquemment, le budget de 2025 prévoit un retour à l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans, soit dès 2029-2030. Toutefois, l’objectif peut se révéler difficile à atteindre en raison des soubresauts économiques, surtout que le scénario de référence des déficits repose sur la supposition que les tarifs américains de 25 % ne seraient pas appliqués sur une longue période et que les prévisions budgétaires tiennent compte de revenus qui considèrent un taux d’inclusion des gains en capital de 66 2/3 % à compter 2026.

Pour l’année financière 2024-2025 qui se termine dans quelques jours, le déficit anticipé se chiffre maintenant à 10,4 G$, en baisse comparé aux prévisions records de 10,9 G$ que prévoyaient à la fois le budget de 2024 et la mise à jour économique de novembre dernier. Cependant, le déficit se creuserait davantage en 2025-2026 pour atteindre désormais la somme record de 13,6 G$, après le versement au Fonds des générations, alors qu’il était prévu à 9,2 G$ en novembre 2024 pour cette même période. À terme, soit en 2029-2030, un surplus de 101 M$ est envisagé, toujours selon le scénario de référence.

L’innovation et les entreprises dans le collimateur…

Ce budget mise particulièrement sur des mesures visant à stimuler la création de richesse au Québec. Ces choix se veulent des réponses à une économie qui tournerait plus au ralenti, générée par le climat d’incertitude qui hante les dirigeants d’affaires et par des mesures tarifaires qui viendront miner la croissance de nombreux moteurs économiques, dont nos PME.

Parmi les mesures annoncées, une somme de plus de 5,4 G$ sur cinq ans est prévue pour soutenir et dynamiser l’économie québécoise, accroître la capacité à innover et consolider l’apport des régions à la création de richesse. Cela comprend:

  • 4,1 G$ pour soutenir et dynamiser l’économie québécoise en offrant une aide transitoire aux entreprises touchées par les tarifs américains (dont une enveloppe de 400 M$ sur deux ans pour soutenir les entreprises qui auraient des problèmes de liquidité), en appuyant la réalisation de projets d’investissement (3,5 G$), en favorisant la diversification des marchés (195,8 M$) et en facilitant le repérage de produits québécois (4,5 M$);
  • 604,1 M$ pour accroître la capacité du Québec à innover:
  • en stimulant l’innovation et sa commercialisation par un régime d’aide fiscale renouvelé (271,5 M$ incluant un nouveau crédit d’impôt simplifié et bonifié pour la recherche, l’innovation et la commercialisation, lequel remplacera huit mesures fiscales actuellement en vigueur);
  • en favorisant l’innovation dans des secteurs stratégiques (194 M$), en modernisant les services publics pour en accroître l’efficacité (96,3 M$) et en aidant les PME à fort potentiel (42,3 M$);
  • 759 M$ pour favoriser l’apport des régions à la création de richesse en dynamisant l’économie des régions (217,4 M$), en valorisant nos minéraux critiques et stratégiques (106,6 M$), en soutenant le secteur forestier (94,7 M$), en poursuivant l’appui au secteur touristique (138 M$) et en favorisant le développement du secteur bioalimentaire (202,3 M$).

… et la santé et l’éducation toujours au menu

En matière de santé et d’éducation, le budget prévoit plus de 6,8 G$ sur cinq ans. Pour la santé et les services sociaux, la somme de 3,9 G$ serait injectée, dont 2,2 G$ servirait à financer l’offre de nouveaux traitements pharmaceutiques dans les hôpitaux, à déployer les nouvelles installations de soins de santé et de services sociaux et à former plus de médecins. À cela s’ajoute une somme de 1 G$ qui viserait, quant à elle, les fins suivantes:

  • répondre aux besoins croissants en protection de la jeunesse;
  • rehausser le soutien à l’hébergement des personnes vulnérables qui ont besoin d’un accompagnement particulier;
  • accompagner les jeunes quittant les centres de protection de la jeunesse et les personnes en situation d’itinérance bénéficiant du Programme de supplément au loyer;
  • rehausser le financement des organismes communautaires;
  • consolider les pratiques mixtes d’interventions psychosociales et policières de proximité;
  • pérenniser le soutien aux clientèles autochtones dans l’implantation de la sécurisation culturelle dans le réseau de la santé.

Du côté de l’éducation, près de 1,1 G$ est prévu pour encourager l’éducation et le développement des jeunes. Plus de 368 M$ permettraient, par exemple, de favoriser la réussite scolaire, de former plus d’enseignants qualifiés et d’encourager le retour en emploi des personnes retraitées du réseau de l’éducation. Une somme de 279 M$ servirait aussi à consolider l’aide aux jeunes et aux étudiants en finançant, notamment, le programme d’aide financière aux études et en maintenant les services offerts aux jeunes dans leur parcours vers l’autonomie.

Pour en savoir plus sur les mesures fiscales annoncées dans ce budget, consultez notre bulletin fiscal.

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